Bleu, blanc, rouge

J’ai pris ce livre sur une étagère, je me suis assise en tailleur dans un coin et je n’ai pas bougé avant de l’avoir terminé. Je crois que je l’ai lu avec beaucoup d’attention car j’avais entendu quelque part que c’est le premier roman écrit par Mabanckou. Il a été édité pour la première fois en 1998. Mais je l’ai lu d’une traite parce que l’histoire est captivante et que ce style, bien propre à cet auteur est drôle, juste et accrocheur.

Comme dans de nombreuses villes d’Afrique, on rêve d’un ailleurs qu’on idéalise. A Brazzaville, Massala-Massala et ses amis rêvent de Paris. Cette ville qui à leurs yeux réuni toutes les promesses de réussite et de richesse. Si à Brazzaville ils vivent dans des conditions plus que modestes, toucher le sol parisien est un gage de pouvoir se sortir de la pauvreté et d’aider toute sa famille. Moki en incarne l’exemple parfait. Lui qui revient souvent au Pays afficher ses manières parisiennes. Lui, si brillant qui a construit une grande maison bâtie avec des briques pour son père, lui, qui acheté deux véhicules dans lesquels il parade à chaque fois qu’il vient dans sa ville natale. Moki est celui qui a réussi et à qui tout le monde veut ressembler. Il n’est d’ailleurs plus le même depuis qu’il vit en France car en lui tout a changé même sa façon de parler ou encore sa démarche. Massala-Massala, le narrateur, va prendre l’avion pour tenter lui aussi l’aventure parisienne. Mais à peine arrivé, il va découvrir l’envers du décor. Cette précarité économique et sociale qu’il n’avait pas imaginée et que subissent bon nombre de ses compatriotes qui se retrouvent dans l’illégalité pour tenter de subsister.  De péripéties en désillusion, ce jeune homme va se rendre compte de la dure réalité qui se cache derrière les cartes postales de papier glacé. L’envers du décor de ce pays qui l’obsédait.

« J’étais de ceux qui croyaient que la France c’était pour les autres. La France c’était pour ceux que nous appelions alors les bouillants. C’était ce pays lointain, inaccessible malgré ses feux d’artifice qui scintillaient dans le moindre de mes songes et me laissaient, à mon réveil, un goût de mie dans la bouche. Il est vrai que je labourais en secret le vœu de franchir le Rubicon, d’y aller un jour. C’était un vœu ordinaire, un vœu qui n’avait rien d’original. On l’entendait dans toutes les bouches. Qui de ma génération n’avait pas visité la France par la bouche, comme on dit au pays ? Un seul mot, Paris, suffisait pour que nous nous retrouvions comme par enchantement devant la tour Eiffel, l’Arc de triomphe ou l’avenue des Champs-Elysées. »

Extrait de la page 36

Ouvrage : bleu, blanc, rouge d’Alain Mabanckou

222 pages


Une réflexion sur “Bleu, blanc, rouge

  1. Il y a eu chez moi il y a deux ans une rencontre avec Alain Mabanckou au cours de laquelle il nous avait raconté l’histoire de la publication de ce roman.
    Il l’avait envoyé à plusieurs éditeurs, sans succès, pas même une réponse. Sur conseil, il l’envoie à Présence Africaine, bien qu’il ne voulait pas (il aurait préféré les éditions de Minuit, là étaient publiés ses auteurs favoris). Pas de réponse non plus.
    Un jour, une attachée de presse qui le connaissait lui demande des nouvelles de son manuscrit et il lui répond que personne n’en veut. Elle lui demande un exemplaire et lui promet qu’elle le transmettra aux éditions Grasset.
    Problème: à l’époque il tapait ses manuscrits sur machine à écrire et avait envoyé tout ceux qu’il avait durement écrits. Il contacte donc les éditeurs qu’il avait démarché pour en récupérer un. Seulement, aucun ne garde les manuscrits rejetés… sauf le dernier, Présence Africaine, où on lui dit par téléphone qu’il peut venir le chercher.
    Il se rend donc là-bas et on l’emmène dans un sous-sol avec des kilomètres d’archives (il reconnait des lettres d’Aimé Césaire qui demandait après ses droits d’auteur). Après des heures de recherches, le manuscrit reste introuvable. Mabanckou pète un câble et menace de tout casser si on ne remet pas la main dessus.
    La directrice, Christiane Diop (je crois, de mémoire) alertée par le bruit, descend et demande ce qu’il se passe. On lui explique la situation et elle dit qu’elle a aussi des manuscrits dans son bureau, et que c’est probablement là qu’il se trouve. Dans son bureau, toutes les étagères sont fouillées: il n’est pas là. On ouvre les tiroirs, pas là non plus. Elle se souvient soudainement que sa chaise de bureau est calée avec un manuscrit: c’est bien celui de Mabanckou!
    Avant de le lui rendre elle regarde dessus, puis elle lui dit « attendez, on ne peut pas vous le rendre: il a été accepté! ».

    En colère, Mabanckou refuse, et on le comprend bien (depuis plus d’un an que le livre avait été accepté, pas un message, ni quoi que ce soit). Finalement, il se laisse convaincre et le livre est publié.

    J’étais scié en entendant cette histoire! Elle mériterait au moins qu’il y consacre une nouvelle.

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