Kimpa Vita ou la Jeanne d’arc du Congo

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  • Au moyen âge des rumeurs décrivent un mystérieux royaume chrétien, celui du Prêtre Jean. Dans une lettre adressée à l’empereur de Byzance, à Frédéric Ier, et à Louis VII, roi de France, il fait état d’un royaume chrétien situé «aux Indes, au-delà de la Perse et de l’Arménie», et dit régner sur une immense contrée où «l’or et l’argent s’y trouvent en abondance et aussi les pierres précieuses: émeraudes, jaspe, rubis, sardoines, escarboucles .»

  • En cette époque de croisades, les souverains européens mesurent l’intérêt d’une alliance qui pourrait les aider à combattre l’ennemi. Dès lors, les supputations et les hypothèses se multiplient pour localiser Prêtre Jean, ses richesses et ses armées.
  • En 1481, tandis que les Portugais arrivés au Congo pensent être au royaume chrétien du Prêtre-Jean, les Congolais pensent qu’il s’agit des esprits d’ancêtres venus de l’au-delà temporairement, avant de disparaître définitivement. S’ils se persuadent par la suite que ce sont des hommes, ils leurs confèrent cependant des pouvoirs magiques qui se manifestent par la connaissance de l’écriture, de la navigation mais aussi du maniement des armes, tant de choses qui leur sont inaccessibles.  Le roi du Congo, convertit au christianisme dans le dessein d’acquérir les secrets des ‘sorciers Blancs’ doit rapidement se résoudre à l’idée qu’aucun mystère ne lui sera révélé. Au contraire, il assiste impuissant à la division de son royaume, à l’affaiblissement du pouvoir traditionnel et pire encore à la traite négrière.
  • C’est dans un contexte de conflits, de famine et de désespoir que survient la figure de Kimpa Vita, issue de la vallée de M’bligha. Son village, comme la plupart des villages de l’époque est gouverné par une femme. Issue de la plus vieille noblesse congolaise, elle est initiée très jeune et devient prêtresse du culte Marinda.  Après l’arrivée des esprits des ancêtres (les Portugais), elle porte une couronne de Musenda sur le front pour symboliser le lien particulier qui les unie.                                                                                Kimpa Vita est au fait de ce que subi son peuple, notamment de sa dislocation et de la perte de leur culture et des choix imposés par les missionnaires au roi mais aussi aux nobles qui doivent désormais s’habiller selon la mode portugaise. Elle est alors âgée de vingt ans lorsqu’elle apprend qu’une femme qui se nomme Matuffa parcourt le pays en annonçant des prophéties. La vierge lui serait apparue entourée de saints noirs, mais aussi de son compagnon le plus proche saint Antoine, et aurait promis la destruction du mont où siège le roi s’il ne change pas d’attitude.
  • Quelques jours plus tard, Kimpa Vita reçoit la visite de saint Antoine, patron des humbles et des démunis, qui entrant dans son corps, s’exprimant par sa bouche, lui ordonne de prendre la route et de rejoindre le roi au mont Kibangu. Elle se met aussitôt en route suivie par un cortège d’hommes et de femmes qui scandent « N’yari! N’yari » : miséricorde! Kimpa Vita a été désignée pour soulager son peuple et apporter le changement qui permettra de le libérer.                                                                                                           Kimpa Vita illumine son entourage par sa foi et ses prières. A ses côtés, la population reprend espoir et se met à regarder la foi chrétienne sous un nouvel angle. Progressivement, elle est considérée comme une prophétesse et ses adeptes sont nombreux. Saint-Antoine les inspire. Elle explique un nouvel évangile, loin de celui expliqué par les missionnaires qui ‘blanchissent’ Dieu à leur profit. Des missionnaires qui détournent le message divin pour arriver à leurs fins, qui bénissent les bateaux négriers et soutiennent les entreprises des conquérants qui causent tant de maux au peuple. Enfin, des missionnaires qui détournent le roi de ses missions et l’empêchent de pourvoir aux besoins de la population.
  • Kimpa Vita prend la tête d’un groupe de fidèles et se dirige avec eux vers la citadelle royale, en priant et en chantant. Tous sont persuadés qu’ils vont ramener le roi au sein de sa ville. Le père Bernardo do Gallo n’apprécie pas le mouvement qu’elle mène et prévient Rome. Kimpa Vita affirme que Jésus est né à Mbanga Kongo  et baptisé a Nsundi. Sur son chemin elle fait brûler les croix..   A sa suite, une foule immense gravit les pentes du mont Kibangu qui mènent au roi. Sur son chemin les fidèles implorent sa bénédiction, embrassent les pans de sa robe.  A peine entrée dans le palais elle dira indignée en présentant la prophétesse Matufa au roi : « Nous avons aussi des saints au Congo ». Lancé comme un avertissement à tous ceux qui n’auraient jamais imaginé que la sainteté puisse incarner un Noir.
  • Convaincu par son discours, la cour accepte de quitter la montagne et se rend dans une ville proche de la capitale en ruine que la foule tente de remettre en état. Au fil du temps, Kimpa Vita n’incite plus à uniquement restituer à la capitale son faste d’antan, mais propose d’édifier une société solidaire où le roi serait seul souverain et où régnerait la liberté et l’égalité entre tous.
  • Perçue comme une menace aux yeux des missionnaires qui ne tarderont pas à en convaincre le roi, tous attendent un faux pas. De son union avec celui que ses fidèles considèrent comme la ré-incarnation de saint Jean est issue un fils qu’elle tentera vainement de cacher l’existence. En 1706, le père Bernardo do Gallo ainsi que Laurenzo da Lucca demandent aux soldats de l’arrêter, Kimpa Vita n’est pas une prophétesse et encore moins une nouvelle vierge Marie. Elle est chargée de chaînes et couvertes de la couronne de Musenda, celle qu’elle n’a plus quitté depuis des années. Alors qu’il lui est demandé de confesser ses mensonges, elle refuse et accepte sa condamnation à mort.
  • A la question du père Bernardo :                                                                                                                                              « -Dites-moi si au ciel il y a des Noirs du Congo, et sont-ils là avec leur couleur de Noirs? »                                                        Kimpa Vita répondit :                                                                                                                                             « -qu’au ciel il y avait des Noirs du Congo et des adultes qui ont observé la loi de Dieu; mais ils n’y ont pas la couleur du Nègre ni du Blanc, parce que, au ciel, il n’y a aucune couleur. »
  • La prêtresse, condamnée au bûcher dira avant qu’il soit allumé :                                                                                                     « -Que m’importe de mourir, ce pas, j’ai a le faire une seule fois. Mon corps n’est pas autre qu’un peu de terre, je n’en fais aucun cas : il sera tôt ou tard réduit en cendres. »

Essie Kelly

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