Compte rendu des Mod du 24 août 2013

gggL’attachement de l’Afrique à certaines croyances et superstitions en a un fait un monde propice à tous les fantasmes et imaginaires. Le monde mystique dont elle semble être à la fois le berceau et la vitrine imprègne chaque société africaine malgré elle. De l’ésotérisme à l’animisme en passant par des croyances plus occultes, nous africains, avons souvent été témoins sinon acteurs de cette culture. La tradition africaine est pavée de légendes et de témoignages portant sur les pratiques de sorciers, magiciens et autres féticheurs qui évoluent dans notre société. Parfois anonymes, agissant dans l’ombre ces individus attisent à la fois la crainte lorsque leurs agissements sont néfastes et un certain respect quand leurs pouvoirs aident et guérissent.

La littérature africaine foisonne d’histoires frissonnantes relatant des événements que l’on préfère lire plutôt que de les vivre. D’une culture à l’autre, le romancier africain intègre la notion de superstition à la dimension culturelle de sa zone géographique. De ce fait, il nous entraîne dans un monde dont les codes peuvent nous sembler familier mais dont l’atmosphère est inquiétante. Cependant, malgré les similitudes, les récits ne pourront qu’éclairer le lecteur sur de nouvelles pratiques mystiques qui ne tarderont pas à le perdre dans les ténèbres de l’occultisme. Si la magie est généralement un domaine qui intrigue les anthropologues, les auteurs africains ont été très productifs en fournissant une somme d’ouvrage impressionnante. En s’engageant dans cette thématique, de nombreux écrivains n’ont pas hésité à fournir des œuvres dans lesquelles d’autres concepts aussi troubles sont abordés. Le merveilleux et l’imaginaire sont parfois mêlés à un certain réalisme qui confère de l’authenticité aux mots. Le roman renferme très souvent un monde qui au delà de la fiction semble palpable et réel.

En analysant différents ouvrages d’auteurs africains intégrant une dimension surnaturelle dans leurs écrits, Garnier Xavier, professeur de littérature française et francophone, dégage une certaine unité entre littérature francophone et anglophone qui dépasse les limites finalement artificielles qui leur avaient été posées et les avaient placées aux antipodes. Au contraire, il constate un vaste ensemble qui recouvre des aires culturelles différentes et réussi a opérer une classification de ce genre littéraire en deux catégories.

Le roman réaliste irrationnel, qui au delà de son appellation paradoxale permet de définir un monde des esprits qui apparaît réel pour l’auteur mais théorique pour l’anthropologue. Des auteurs tels que Chinua Achebe et Elechi Amadi illustrent dans leur ouvrage ce genre. En effet, l’écriture de ces auteurs s’attache à rendre compte avec la plus grande fidélité la réalité d’un monde mystique propre à leur culturelle nigériane. La magie et l’activité romanesque sont enchevêtrées au point où les événements visibles qui servent de support à la narration se prolongent dans un monde invisible présent et palpable qui soutient le jeu des motivations narratives.

Le roman spiritualiste se distingue par un univers où les rituels magico-religieux n’ont plus leur place. Ahmadou Kourouma ou encore Amadou hampaté Ba, nous font découvrir un récit où l’enchaînement des faits est souvent cohérent sans pour autant omettre l’influence d’un destin qui dans une parole divinatoire charge de sens le réel.

Au delà de ces deux catégories, on peut encore citer des auteurs engagés tels que Wole Soyinka qui dans son ouvrage The Road, dénonce les charlatans et autres vendeurs de rêves qui manipulent davantage les esprits crédules qu’ils ne communiquent réellement avec les esprits de l’au delà. Encore, dans les romans des auteurs Asare Konadu et David Ananou, on perçoit une thèse de rejet de cette magie. En effet, les pratiques magiques sont tournées en dérision et renvoyées à des gesticulations suivant des rituels dépourvus de sens. L’ensemble des croyances occultes est présenté comme un frein à l’émancipation de la société, une sorte de léthargie qui empêche ceux qui ont recours à la magie de voir la réalité en face.

Enfin, en Côte d’Ivoire, Boa Thiémélé Ramsès auteur et professeur de philosophie entend dénoncé certaines absurdités qui grèvent la société africaine. En effet, il déplore dans son ouvrage la sorcellerie n’existe pas une forme de pensée qu’il estime nocive et que pourtant bon nombre d’individus entretiennent et entendent préserver, parfois au nom des traditions.

Pour finir, on peut se demander si les croyances mystiques sont une falsification de la réalité? Un dédale d’illusions dans lequel certains africains se perdent désireux d’échapper à un quotidien qui les dépassent?

Il est certain que les croyances mystiques et le monde occulte pave le quotidien de chaque africain que celui-ci le souhaite ou non. Il n’est pas rare comme l’a rappelé lors des débats Josué Guebo, écrivain et président de l’association des écrivains de Côte d’ Ivoire (AECI) d’être témoin de pratiques mystiques même en milieu urbain. Contrairement en Europe où la sorcellerie est moins présente, même si elle n’a pas pour autant totalement disparue, c’est toute une culture en Afrique qu’il faudrait repenser si l’on souhaite s’en séparer. Mais là encore on peut se demander c’est une solution adaptée et par quels processus cela pourrait être opéré.

On pourrait alors plus simplement suivre les conseils de l’auteur Boa Thiémélé Ramsès et appliquer la « dégaoutique ». En nouchi, argot ivoirien « gaou » veut dire niais. La dégaoutique vise donc à déniaiser les modes de pensées et d’opter plutôt pour une lecture objective et concrète du réel.

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