Un malentendu, Irène Némirovski

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1924, Hendaye, l’odeur salée de la mer, l’embrun, le soleil chaud dont les rayons vifs taquinent la peau. Un immense ciel d’un bleu clair et lumineux, dont on ne remarque l’intensité que dans les instants oisifs et pétillants tels que les vacances. Des serviettes posées sur le sable chaud, des corps qui se prélassent, deux regards qui se croisent…


L’histoire débute sur des notes estivales légères et gaies annonçant avec simplicité l’amour qui naît à l’issue d’une rencontre entre une jeune-femme fragile et un homme au cœur impénétrable.

Une relation qui contrairement à sa douceur première se mue rapidement en des échanges complexes, perdus dans les méandres des non-dits et de la spéculation émotionnelle.
Cette liaison aurait-elle été plus simple si l’héroïne, Denise n’avait pas été mariée? Probablement pas. Son caractère franc et sincère la pousse a aimer son amant de tout son soul et à s’offrir à lui sans retenue. Oubliant son époux, négligeant sa fille, Francine, dont elle ne se sert que de refuge dans les moments de détresse.
Leurs rapports auraient-ils été moins conflictuels si Yves n’avait pas été happé par ses problèmes financiers? Certainement. La communication dans un couple est le fil d’Ariane qui permet de ne pas se perdre dans le labyrinthe des sentiments. Dès le départ, une barrière invisible se dresse déjà entre les deux amants, et progressivement elle s’épaissit et s’opacifie.
Denise mène une existence insouciante. Mariée à un homme riche pour lequel elle n’éprouve qu’un faible attachement dû à l’habitude, elle évolue dans le confort d’un somptueux appartement Parisien. Rien ne l’a prédestiné à croiser la route d’un homme brisé par la faillite qui s’appliquait autant que possible à sauver les apparences en menant une vie sobre et discrète. Yves, bien loin du faste d’antan se laisse ballotter par une vie qu’il contemple avec une certaine aigreur. S’il apprécie l’esprit frivole de Denise le temps des vacances, l’illusion de quiétude qu’elle lui apporte s’efface à peine reprend-il ce travail qui le lasse. À tenter vainement de suivre ses caprices, il est rapidement rattrapé par ses dépenses excessives, par un train de vie qu’il ne peut se permettre, enfin par le poids des soucis qu’il ne veut pas partager avec sa maitresse par pudeur. S’il l’aime à n’en point douter, il réalise la souffrance qui ne peut que résulter de cette relation. Et tandis qu’il prend du recul pour régler ses problèmes,elle se torture en l’imaginant se perdre dans les bras d’une autre.

« L’amour est un sentiment de luxe » écrit Irène Némirovsky, et Yves n’a pas les moyens de cette dépense. Tandis que Denise songe aux affreux tourments de l’amour, malheureuse à cause de la distance grandissante entre eux, Yves se demande comment joindre les deux bouts. On dit que l’amour est patient. Qu’il se nourrit d’espoirs mais aussi d’attentions. On aurait aimé que la maîtresse déboussolée tienne bon, qu’elle essaie de creuser le mal-être de son amant, qu’elle soit réellement cette épaule qu’il réclamait en silence. Mais en manque d’affection, Denise suit les conseils particuliers d’une mère qui l’a poussée dans un mariage sans amour.
« L’homme ne veut pas être trop aimé » lui confie sa mère. Et alors qu’elle lui suggère de rejeter son trop-plein d’amour sur un autre homme, Denise commet l’erreur irréparable de croire qu’il est possible de manipuler ses sentiments. Elle apprend à ses dépens que ce sont en réalité eux qui nous tiennent et nous meuvent, lorsqu’au détour d’un bois elle s’oublie un instant.

« Aimer sans être aimé,
Être au lit sans dormir,
Et attendre sans voir venir
Sont trois choses qui font mourir
Dit-on à peu près.»

 

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