La reine Pokou

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  • La tradition voulait chez le peuple Akan, que seule la sœur ou la nièce du roi puisse enfanter ses héritiers. En effet le trône se transmet alors par les femmes. Or, il s’avéra qu’ Abla Pokou, nièce du roi Osséi Toutou, souverain du royaume d’Ashanti était stérile. Malgré ses multiples tentatives, elle ne parvenait pas à porter la vie, ce qui était perçu comme une offense aux dieux. Appelée « Apaé » c’est-à-dire celle par qui le malheur arrive, les femmes se tenaient à l’écart d’elle et fuyaient son regard de peur qu’elle ne leur porte malheur.

  • Et pourtant, Abla Pokou déjouant le piège de l’horloge biologique, accouche à 40 ans en 1742 d’un garçon qu’elle nomme Kouakou. Miracle, don du ciel, Abla ne conçoit pas être séparée de son fils avec lequel elle lie une relation fusionnelle.
  • Au décès du neveu du roi, une guerre de succession éclate entre Itsa, un de ses oncles et Dakan son frère. Une lutte sans merci s’engage et lorsque son frère est assassiné elle prend conscience que son fils, potentiel successeur au trône est en danger. Craignant pour son peuple, mais aussi pour la vie de son fils, Abla Pokou décide de fuir suivie par de nombreux fidèles de l’ancien roi. Ils marchent longuement guidés par leur instinct et leur désir de fuir la tyrannie. Lancéé à leurs trousses, l’armée de Koussi Obodum ne tarde cependant pas à les rattraper. Arrivés sur le rivage du Comoë en crue, à la frontière de la Côte d’Ivoire et du Ghana, la troupe est prise en embuscade. Devant elle s’étendent les flots à perte de vue, derrière elle les assaillants s’approchent menaçants.
  •  A la recherche d’une issue favorable pour eux, le grand-prêtre interroge le génie du fleuve. Résolu, il annonce à la princesse Pokou qu’ils devront prendre la décision la plus douloureuse que des parents puissent prendre s’ils souhaitent sauver leur peuple : sacrifier ce qu’ils ont de plus pur et de meilleur, un enfant. Contre le fruit de leurs entrailles, les femmes proposèrent leurs richesses, les hommes leurs troupeaux. Mais ces offrandes étaient vaines, seule la pureté d’un enfant intéressait le génie. La menace pressait et Abla Pokou sentait le poids de ses responsabilités. Plus qu’une mère elle était avant tout une reine et elle devait sauver son peuple. Elle marcha silencieusement vers la berge, et détachant son pagne regarda son enfant se glisser dans le lit du fleuve. Aux murmures elle ne répondit pas. Ses yeux rougis ne laissèrent échapper aucune larme, son cœur lourd ne laissa éclater aucun sanglot.
  •   Aussitôt selon certaines versions, le tronc d’un immense fromager se courba pour leur permettre de franchir le fleuve.  Pour d’autres des hippopotames collèrent leur dos pour servir de passerelles. Abla Pokou fut la dernière à traverser.  Arrivée sur l’autre rive, elle murmura en direction du Comoë « Ba-Ouli », soit « l’enfant est mort ». Devant les poursuivants le pont disparu ne laissant aucun moyen de pouvoir poursuivre la troupe au-delà des flots.
  • Pour consoler son cœur, le grand-prêtre attira son regard sur les vies qu’elles venaient de sauver. Abla Pokou avait perdu un fils, mais elle avait protégé des milliers d’enfants comme s’ils eurent été les siens. Chassés du pays Ashanti, ils étaient arrivés grâce à son sacrifice sur une nouvelle terre. Les premiers mots qu’elle avait prononcés en arrivant sur ce sol, il proposait que le peuple l’adopte comme nom. Et il proclama : « longue vie au peuple Ba-Ouli ».
  • Sakassou, berceau du peuple Baoulé est encore une référence à cet immense sacrifice que fit Abla Pokou pour préserver son peuple. cela signifie en effet « le lieu de funérailles ». Devenue reine, Abla Pokou dirigea son peuple jusqu’à son dernier souffle. C’est l’exemple d’une femme qui a su sacrifier son bien le plus précieux au nom de l’amour, de l’indépendance et de la liberté de son peuple.
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