Une saison blanche et sèche, André Brink

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« Il n’existe que deux sortes de folies contre lesquelles se prémunir, Ben. L’une est cette croyance selon laquelle nous pouvons tout faire. L’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire »

La petite vie tranquille de Ben du Toit, Afrikaner et professeur d’histoire  prend un tournant lorsque Gordon, le jardinier qui travaille dans son lycée vient quérir son aide pour faire toute la lumière sur la mort de son fils. Si au début il est plutôt réticent à s’intéresser à l’affaire, c’est la détermination d’un père qui refuse de se résigner qui le pousse a essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Gordon en est certain: il y a eu une bavure son fils a été assassiné. Mais tandis que Gordon s’échine à faire éclater la vérité, il est brusquement emmené par la police et décède lui aussi de façon étrange.  

L’assassinat de Gordon est un déclic  qui pousse Ben du Toit à sortir de sa zone de confort pour se charger de l’affaire. Et ce qu’il va découvrir va chambouler sa vie. Il va devoir regarder en face une société dans laquelle il évoluait paisiblement, insouciant des crimes qui se passaient sous ses yeux. Car des abus comme ceux qui ont été subis par les Gordon, des millions de Noirs en subissent quotidiennement et aucun d’eux ne peut croire en une prétendue protection de la police ni a une justice pour rétablir les torts.

Ben du Toit est confronté à un système raciste et ségrégationniste qui le dégoûte. Et s’il veut se battre pour faire admettre que Gordon a été assassiné, force pour lui de constater que rares sont les afrikaners qui partagent son désir d’égalité et de justice. Et tandis qu’il lutte au péril de sa vie pour rétablir la vérité et laver le nom des Gordon, sa cellule familiale se désintègre et ses amis s’éloignent car sa quête est mal vue. 

D’une part il est rejeté par une communauté d’Afrikaners qui voient d’un mauvais oeil son attitude. D’autre part il est rejeté par certains Noirs qui ne comprennent pas ses visites récurrentes dans leur quartier. Seule la veuve de Gordon, Annie et Stanley ancien ami de Gordon et chauffeur de taxi l’aideront en lui présentant des gens à poursuivre son enquête.

Ben luttera pour la faire connaitre la vérité. Mais quelle vérité peut-on trouver dans cet univers kafkaïen?

Celle des abus de la Section Spéciale qui a pour mission de faire taire tout individu qui tente de se rebeller contre le système? 

Celle de la folie et de l’indifférence d’une communauté de quatre millions d’afrikaners qui préfèrent garder leurs privilèges exacerbés par un sentiment de supériorité au détriment de seize millions de Noirs?

Ben avance dans un labyrinthe où à chaque pas surgissent des embuches. De menaces de mort en tentatives d’assassinats, fidèle à ses convictions il poursuivra une bataille où il ne semble que seule la mort pourra le sauver. 

J’ai beaucoup apprécié ce livre qui m’a tenue en haleine un bon nombre de fois. Le style est simple et même si à de nombreuses reprises l’auteur en change, cela n’affecte pas l’atmosphère du livre. L’intrigue est très bien ficelée et plus on avance dans l’histoire plus le mystère s’épaissit. À partir de la troisième partie, j’étais finalement convaincue qu’élucider la mort de Gordon et prouver que la section spéciale l’avait tué n’était en fait qu’un prétexte pour le personnage principale. Un prétexte qu’il a utilisé comme motivation pour combattre un système dans lequel il ne se reconnaissait pas. Au fond il ne se battait pas uniquement pour l’affaire Gordon mais pour des millions de noirs qu’il a côtoyé sans les voir pendant des années. Un prétexte utilisé au départ pour fuir une vie monotone qui l’ennuyait profondément je pense, mais qui deviendra rapidement un besoin viscéral de dénoncer ce qui se passe. La rencontre avec Mélanie, jeune reporter pour un journal anglais lui redonne un nouveau souffle dont il semblait en quête, même si à chaque fois qu’il semble enfin sortir la tête de l’eau le poids d’une nouvelle vague s’abat sur lui.  

C’est aussi troublant de lire ce livre en se rappelant que tout ceci à réellement existé et que l’apartheid n’a été abolie qu’en 1991… 

Un de mes passages préférés est sans aucun doute : 

« Que je le veuille ou non, que j’aie envie ou non de maudire ma propre condition – et ça ne servirait qu’à confirmer mon impuissance- je suis blanc. Voilà l’ultime et terrifiante vérité de mon univers brisé. Je suis blanc. Et parce que je suis blanc, je suis né dans un état privilégié. Même si je combats le système qui nous a réduits à ça, je reste blanc et privilégié par ces mêmes circonstances que j’abhorre. Même si je suis haï et fui, écarté et persécuté et, pour finir, détruit, rien ne pourra me faire devenir noir. Ainsi, ceux qui le sont peuvent se méfier de moi. » 

 

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