L’empreinte de la tradition orale dans le roman ivoirien

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Le roman africain est tel un microcosme social, une micro société africaine. Le roman africain est en effet le reflet de la société africaine qu’il peint et décrit. Dans le roman, l’écrivain expose les valeurs de la tradition, les remet en question et la jauge. S’ils s’en font gardien parfois, ils savent aussi la regarder avec un oeil critique lorsqu’il le faut. Et les auteurs ivoiriens ne sont pas en reste. Ce thème est l’occasion de regarder les éléments de l’oralité dans le roman ivoirien en nous fondant sur cinq ouvrages:

-Mariama et Masséni de Tidiane Dem

-Le fils de la femme mâle de Maurice Bandaman

-Les naufragés de l’intelligence de Jean Maurice Adiaffi

-Traitres d’Amadou Koné.

L’oralité se définit comme le fait d’une civilisation dans laquelle la culture est grande partie orale et non écrite. La tradition en Afrique s’est ainsi transmise au fil des siècles de façon orale. Pour autant, la tradition orale ne doit pas être confondue avec la littérature orale qui désigne un genre de textes qui ne sont pas proférés dans le langage de tous les jours comme les contes, les fables, les devinettes qui ne sont dit qu’oralement. Quand on parle ici d’oralité ou de tradition orale, il est fait référence à un ensemble de faits, de pratiques, de coutumes transmises oralement de génération en génération. La littérature orale est inclut dans la tradition orale mais cette dernière ne se limite pas a elle.

Dans les romans que j’ai choisi pour illustrer notre thème, la tradition est très présente et il est accordé comme dans cette dernière une place sacrée à la parole. La parole tient en effet une place importante dans les sociétés africaines. L’art de bien dire est ainsi un impératif constant lors des grands événements. Ce thème est l’occasion de voir comment dans le roman ivoirien comment se manifeste cet art de bien s’exprimer. Quels en sont les manifestations et les instruments ? Comment la parole est dite.

La parole à un pouvoir et en Afrique ce dernier apparaît presque mystique. Ainsi chez les Dogon, il existe un lien entre la parole proférée et le monde, car la parole a pouvoir créateur. Aussi, si la parole « fait », elle peut aussi « défaire » il faut donc être très vigilent aux mots que l’on choisit et à ce que l’on dit. On le constate, ainsi que la parole est un art que l’on acquiert via un enseignement, une procédure rituelle, mais elle est encore le moyen par lequel se perpétuent les traditions orales. « Elle est à la fois objet et sujet, instrument et moyen. » La parole confère à celui qui la maîtrise le pouvoir. Zadi Zaourou affirmait ainsi que :

« La parole est plus que le pouvoir de dire ou le savoir dire ; elle est autre chose qu’une simple abstraction, qu’un vulgaire concept libre de toute pesanteur. La parole est une force matérielle […]. Pour le vieil Ogotêmmeli, Nommo est la puissance de vie charnelle et spirituelle qui éveille toute chose latente, qui appelle à la vie et la chair et l’esprit […]. Pour les poètes négro-africains, la parole est conçue comme une force matérielle qu’ils ont conscience de maîtriser et grâce à laquelle ils peuvent non seulement exercer leur suprématie sur toute chose au monde, mais refaire le monde selon les exigences de leur idéal ».

Dans l’oeuvre de Tidiane Dem Mariama, un personnage dit ainsi : « Nous sommes vieux et impuissants physiquement mais nous avons une langue qui sait maudire et bénir quand il le faut. » Tout se réalise grâce à cette force vitale qu’est le Verbe, la parole.

La tradition orale se manifeste dans le roman ivoirien se faitpar l’emploi de la parole triadique, formule créer par Zadi Zaourou. En effet, en Côte d’Ivoire, la parole se déploie selon trois pôles notamment : Un dialogue qui aurait lieu normalement entre deux personnes se trouve ponctué par une troisième personne qui joue le rôle de modérateur. Dans les oeuvres ivoiriennes mais africaines aussi, il y est fait souvent recours au dialogue car le dialogue prédomine en milieu africain. Dans les dialogues de Tidiane Dem, dans son ouvrage Masséni, il affirme que :

« La parole suit la hiérarchie des âges dès que plusieurs personnes parlent. C’est la plus âgée qui a d’abord la parole avant de la passer aux autres. D’autre part, le dialogue [et c’est le plus important à nos yeux] n’est jamais direct. C’est toujours, dans les dialogues sérieux, un intermédiaire qui passe la parole du premier orateur au second orateur ».

Le roman ivoirien contient des éléments de littérature discursive et compte nombre de proverbes et de maximes, ce qui rend l’ouvrage dynamique et vivant. L’écrivain se fait griot, et s’inspire de ce spécialiste de l’oralité africaine. L’auteur est amené à revêtir plusieurs rôles et c’est ce qui créer la richesse de la littérature africaine. Dans son recueil de nouvelles le pagne noir Bernard B. Dadié s’est bien fait conteur.

Jean Marie Adiaffi va plus loin dans la sacralisation des mots dans la littérature africaine mais ne s’y limite pas. Non seulement il prône une valeur qu’on les mots, leur existence et leur pouvoir mais il leur confère même un pouvoir spirituel et propose une nouvelle spiritualité africaine : le bossonnisme, un culte aux génies protecteurs. Dans ses romans, notamment « Les naufragés de l’intelligence », il met en exergue l’interaction qui existe entre les techniques traditionnelles du roman et les formes de la littérature orale.

Le roman ivoirien est ainsi riche en enseignement car il permet pour de nombreux ouvrages d’apprendre, de découvrir et de voyager. Il contient bon nombre d’informations sur la tradition qui est hélas, de plus en plus difficilement véhiculée et permet de la conserver. La société africaine est fondée sr la tradition orale, aussi grand nombre des enseignements sont fait de bouche à oreille, et bien que la rédaction dans des ouvrages de nos traditions soit un acte à saluer, il est avant tout à encourager.

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