Il y a en nous des choses qui couvent. Des sentiments qui se tissent, s’entrechoquent et finissent parfois par former une boule au fond du ventre. Et puis, il y a ces voix intérieures, tues trop longtemps, qui finissent un jour par exploser et réclamer d’exister.
C’est exactement ce qui arrive à Thérèse. Sa vie semblait tranquille et calme puis elle est soudainement bousculée par son histoire. À 26 ans, célibataire, elle vit seule avec sa mère, veuve depuis que son père a trouvé la mort dans un accident de cheval. Sa sœur, quant à elle, sacrifiée dans un mariage arrangé avec un vieux pharmacien, habite non loin. À Haïti, dans une maison silencieuse, Therese bascule. Elle se retrouve assiégée par… l’autre Thérèse. Une double personnalité qui s’érige en elle et la pousse à poser des actes que personne ne comprend.
Cette autre Thérèse est tout ce que la première n’osait pas être : impétueuse, désirable, pleine de rage et de rêves. Elle veut briser les silences, faire éclater les interdits, goûter la liberté, et surtout : exister. Par elle, Thérèse va découvrir un lourd secret familial et amorcer une renaissance, libérée du joug des traditions et du poids étouffant de la mémoire.
Ce qui marque dans ce roman, c’est la façon dont l’auteur transforme cette folie intérieure en force. Grace à elle, Thérèse s’affirme et s’affranchit. Lyonel Trouillot est le deuxième auteur haïtien que je lis cette année, et c’est aussi le deuxième à donner vie à une héroïne déchirée entre deux personnalités. La première sage, l’autre plus sauvage et qui devient paradoxalement une voie de libération. Après Fado de Kettly Mars, voici ce roman. Un hasard plaisant, qui fait écho.