La familia grande, Camille Kouchner

« Quand un adolescent dit oui à celui qui l’élève, c’est de l’inceste. Il dit oui au moment de son désir naissant. Il dit oui parce qu’il a confiance en toi et en ton apprentissage à la con. El la violence, ça consiste à décider d’en profiter, tu comprends ? »

Inceste. Un mot terrible. Mais ce qui l’est peut-être encore plus, c’est le silence qui l’entoure, surtout dans une famille où la parole était censée être libre, ouverte. Et comment tout vole en éclats quand ce mot est enfin prononcé. 

La narratrice revient sur cette histoire avec beaucoup d’amour, mais aussi une certaine distance. Elle raconte sa mère, Évelyne : une femme brillante, libre, accomplie, qui a refait sa vie avec un homme attentionné. Un peu trop, hélas. Elle évoque les gestes tendres du beau-père, ces gestes qui finiront par franchir la limite. Et le silence qui s’installe après les attouchements subis par Victor, son frère jumeau, à l’âge de 14 ans.

Ce silence va ronger Camille et Victor pendant des années. La peur de ne pas être crus, la peur de parler. Puis dénoncer et affronter la dislocation de la famille une fois la vérité dite. Faire face à la colère de leur mère, qui choisira l’agresseur, son compagnon, et accusera ses propres enfants d’avoir toujours voulu s’immiscer entre eux. Puis passera à autre chose. 

𝘗𝘦𝘵𝘪𝘵, 𝘮𝘰𝘯 𝘧𝘳è𝘳𝘦 𝘮’𝘢𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘳é𝘷𝘦𝘯𝘶𝘦 : « 𝘵𝘶 𝘷𝘦𝘳𝘳𝘢𝘴, 𝘪𝘭𝘴 𝘮𝘦 𝘤𝘳𝘰𝘪𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘴’𝘦𝘯 𝘧𝘰𝘶𝘵𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘭è𝘵𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 ». 𝘔𝘦𝘳𝘥𝘦. 𝘐𝘭 𝘢𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘳𝘢𝘪𝘴𝘰𝘯.

Dans ce livre, la mort et la douleur sont très présentes. Il y a les suicides des proches qui bouleversent, la culpabilité d’avoir gardé le silence trop longtemps, et une mère qui s’abîme dans l’alcool et laisse s’étioler les liens avec ses enfants.  

Je suis sortie de cette lecture écœurée et un peu révoltée, mais aussi admirative du courage de l’autrice. Ce n’est pas une fiction. Et c’est ce qui rend ce témoignage encore plus bouleversant.


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