Le monde littéraire souvent perçu comme un sanctuaire de créativité et d’intégrité intellectuelle n’est pas à l’abri des controverses. Parmi elles, les affaires de plagiat littéraire ont défrayé la chronique, jetant le discrédit sur des auteurs célèbres et suscitant des débats enflammés sur la propriété intellectuelle. Le cas de l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud qui se retrouve au cœur d’un scandale n’est donc pas inédit. En effet, à peine deux semaines après avoir reçu le prestigieux prix Goncourt 2024 pour son roman Houris, Il est accusé d’avoir utilisé l’histoire d’une patiente de son épouse, psychiatre, comme base pour son roman.

L’ouvrage relate l’histoire d’une femme, Saâda Arbane, marquée par les traumatismes d’un massacre islamiste dans son village algérien. Cette intrigue, bien que déclarée « purement fictionnelle » par l’éditeur, présente de nombreuses similitudes avec l’histoire réelle de Saâda Arbane, une patiente de l’épouse de l’auteur. Deux plaintes ont été déposées en Algérie pour « violation du secret médical » et « diffamation ». Cette ampleur prend d’ailleurs prend une ampleur particulière car elle touche à des sujets sensibles, notamment la période de la guerre civile algérienne (1992-2002), sur laquelle la publication est restreinte par la loi de réconciliation nationale.
En attendant de connaitre la suite de cette affaire, je vous propose un tour d’horizon des plus grands scandales liés au plagiat littéraire.

Calixthe Beyala : une autrice au cœur de la controverse
Ecrivaine franco-camerounaise, elle a été impliquée dans plusieurs accusations de plagiat, notamment en 1996 lorsqu’elle a été condamnée pour avoir plagié le roman Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué d’Howard Buten. D’autres auteurs, comme Charles Williams, ont également accusé Beyala de s’être trop inspirée de leurs œuvres, bien que ces cas n’aient pas donné lieu à des poursuites judiciaires.
Malgré ces controverses, Beyala a poursuivi une carrière littéraire prolifique avec 19 livres à son actif et a remporté des distinctions majeures, dont le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Les Honneurs perdus en 1996. Par ailleurs, elle a reçu une forte visibilité médiatique et a été décorée de la Légion d’honneur en 2010 pour son engagement et sa carrière, marquant ainsi sa résilience face aux critiques.
Yambo Ouologuem. Le scandale du Prix Renaudot 1968
Yambo Ouologuem, premier auteur africain à recevoir le prix Renaudot pour Le Devoir de violence en 1968, a rapidement connu un succès immense . Toutefois, son éblouissant début de carrière a été assombri par une accusation de plagiat en 1972. En effet, il a été accusé par des chercheurs américains d’avoir emprunté largement à d’autres œuvres, y compris Le Dernier des Justes de André Schwartz-Bart et des passages du roman de Graham Greene. Le Seuil a été contraint de retirer le livre des rayons, ce qui a marqué un tournant dans la carrière de l’écrivain.

Ce roman, qui dénonce sans fard la violence, la traite des esclaves, et les compromissions des dirigeants africains, a secoué l’Afrique post-coloniale, notamment en brisant l’idéal de l’Afrique noire en lutte pour sa dignité. L’ouvrage, qui mêle des éléments de fiction audacieuse et de critiques sociales puissantes, explore des sujets tabous, dont des scènes sexuelles explicites. Malgré les accusations de plagiat, Le Devoir de violence reste aujourd’hui un roman majeur et est reconnu pour sa pertinence contemporaine.
La carrière de Yambo Ouologuem s’est ensuite poursuivie dans l’ombre, après avoir quitté Paris pour s’isoler dans un village dogon. Bien que ses autres ouvrages aient été publiés sous pseudonyme, Le Devoir de violence demeure son œuvre la plus marquante, bien qu’entachée par le scandale du plagiat. Aujourd’hui, l’auteur est reconnu comme un grand écrivain.
Dan Brown et les secrets du Da Vinci Code

En 2006, Dan Brown est accusé de plagiat par Michael Baigent et Richard Leigh, auteurs du livre L’Enigme Sacrée (The Holy Blood and The Holy Grail, 1982). Ils affirment que Da Vinci Code reprendrait la structure narrative et certaines thèses historiques de leur ouvrage, portant atteinte à leurs droits d’auteur. L’affaire est jugée au Royaume-Uni par Sir Peter Winston Smith, également connu pour son rôle de juge créatif.
En avril 2006, la Cour britannique déboute les plaignants. Le juge conclut que L’Enigme Sacrée s’appuie elle-même sur d’autres travaux de recherche et que les thèmes principaux des deux œuvres diffèrent. Cette décision, largement médiatisée, confirme que Dan Brown n’a pas enfreint la loi et peut être considéré comme l’auteur légitime de son best-seller.
J.K. Rowling et la saga Harry Potter sous le feu des projecteurs
J.K. Rowling, l’autrice de la série Harry Potter, a été accusée à plusieurs reprises de plagiat. En 1999, l’écrivain Adrian Jacobs prétendit que Harry Potter et la Coupe de Feu s’inspirait de son livre pour enfants The Adventures of Willy the Wizard. Bien que cette affaire ait été rejetée par les tribunaux, elle reste l’un des exemples les plus célèbres de plagiat allégué dans la littérature contemporaine.
Le plagiat littéraire ne se limite pas à une simple copie de mots ou d’idées. Il porte atteinte à la créativité et à la confiance des lecteurs, des éditeurs et des autres auteurs. Dans un monde où la propriété intellectuelle est de plus en plus scrutée, ces scandales rappellent l’importance de respecter et de célébrer l’originalité.